Tristan Nihouarn, le naturaliste inspiré

06 juin 2012    

De passage à Genève lors de la 14ème édition de la Fête de l’espoir, le brestois connu pour sa longue carrière au sein du groupe a captivé le public du Bout-du-Monde. Son premier album en solo «  » est sorti en mars dernier ; une invitation au voyage imaginaire et sonore. Rencontre.

Tout de noir vêtu et une barbe prenant le relais de ses cheveux un peu fou, il en a de la gueule, Tristan ! Sur scène, une assurance marquée par les nombreuses années du « tourbillon » de et une voix profonde et vraie, de celles qui appartiennent au genre du familier. Aussitôt entendue, aussitôt adoptée. Son premier album en solo témoigne avec justice de l’expérience musicale collectée au fil des « années  » ; c’est un condensé de genres, une boule à facette multicolore d’arrangements musicaux. «  » porte d’ailleurs en son nom autant de prudence et de modestie que d’effronterie : le reflet d’une maturité assumée ? Un brin perfectionniste, a conçu lui-même la pochette car il n’a pas confiance, avoue-t-il, une habitude qui remonte déjà à l’époque où il chantait dans Matmatah : « C’est le premier contact qu’a l’auditeur avec la musique, c’est une manière d’inviter les gens dans son propre univers. Quand tu invites quelqu’un à dîner chez toi, tu le sers pas à bouffer par terre ! Non. Tu l’accueilles, tu lui ouvre la porte, tu l’installes confortablement, et c’est ça une pochette ». Pour quelqu’un qui se définit comme un « asocial humaniste », les élus se comptent sûrement sur les doigts d’une seule main, ou alors, serait-ce déjà une invitation ?

Entre carnet d’humeurs et cabinet de curiosités

A l’image de ses compositions, truffées de métaphores et de messages feutrés, la pochette de l’album de est un réel cabinet de curiosités – « Trouve-moi la langoustine ! », s’amuse-t-il d’ailleurs à riposter. « Cette pochette reflète la densité des arrangements de l’album », explique-t-il. Des arrangements certes originaux et efficaces : savamment dosés. Mais une des caractéristiques de cette nouvelle « écriture » de semble résider ailleurs, dans l’étrange récurrence des termes liés à la nature. Presque obsessif. Cherchez une où l’arbre, la roche, la plante, voire le fleuve ne se trouve : le pari est périlleux. , naturaliste inspiré malgré lui ? Car il semble bel et bien étonné. « J’écris des chansons finalement pour y cacher quelques chose », se défend-t-il à l’occasion.

Et c’est bien le naturel de cette écriture qui plaît et le sauve de l’étiquette du sophistiqué. Car elle parle de façon imagée avec spontanéité. Elle nous raconte des états d’âme (, Des Merveilles, Tu me gerces) sous fond de l’imaginaire du voyage, ou encore des doutes et des vérités à tout moment révocables (Darjeeling amer, La démesure, Meredith). Et quand les métaphores de la nature et de l’espace s’entremêlent à « elle », la lecture de ses textes devient multiple, car trop ésotérique (Ton chorégraphe, Dernières nouvelles du Bosphore). Le premier couplet de sa Qu’elles viennent est, lui, un doux compromis entre le poème et le vers :

A Paris, plage ensoleillée
J’attends sagement la marée
Au bord de la chaussée
Brûlante
J’aimerais que ces dames se taisent
Que je puisse jouir en toute tranquillité
De cette dernière plage de liberté
Derniers instants d’impunité
Même si j’avoue qu’elles me plaisent
Comme le granit aux lichens
J’aimerais que ces dames se taisent
Ou je m’en charge moi-même (…)

Jamais extravagant, mais toujours épatant, le premier album de Tristan Nihouarn est un passeport vers des textes délicats aux messages forts directs pour qui sait s’y attarder. Son testament artistique, par exemple, semble se cacher derrière sa -fleuve Ma vie est un chef d’œuvre. La langue française se prête toujours autant au jeu des poètes : c’est bien ce que vient rappeler « Sauf erreur de ma part ».

A la question « Êtes-vous plutôt vélo ou bicyclette ? », Tristan Nihouarn a répondu : « Trottinette, ces temps-ci ! » Pour la légèreté de l’engin ? aurait-on envie de lui demander. Une légèreté pour mieux s’envoler… On remerciera Tristan pour ses échappées folles partagées et ses extravagances de la pensée assumées.

L’album: TRISTAN NIHOUARN, Sauf erreur de ma part, 2012.

Site de l’artiste: www.myspace.com/tristannihouarn

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A propos de l'auteur:

Journaliste indépendante, Voix-off. Site internet: www.jessicadasilva.ch

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