Paléo 2013: The Smashing Pumpkins ou le désespoir du post-ado

26 juil 2013    

Anne Skouvaklis et Yannick Richter sont partis revivre leurs 15 ans devant les au Paléo ce mercredi. Ils n’étaient pas ensemble. Ne s’étaient pas concertés. Et pourtant, ils sont arrivés aux mêmes conclusions, avec une certaine tristesse… Vision croisée.

Anne Skouvaklis: Alors que l’on soit bien clair: cet article ne parlera pas d’un des plus grands couacs techniques de l’histoire du Paléo. Nos collègues des médias s’en sont déjà chargés en long, en large et en mots croisés. Mais rassurez-vous, chers lectauditeurs, il reste encore bien assez à dire sur le concert d’hier des .

Yannick Richter: Deux minutes de souci technique, ça arrive. Si couac il y a eu, il nous est bien venu de , qui ballade son ennui et sa crise de la quarantaine en faisant semblant que les existent encore, se trimbalant des musiciens qui étaient à peine pubères, voire même à peine nés à la sortie de son premier album. Ce qui pourrait être un signe qu’il est peut-être temps d’arrêter les frais.

AS: Il était une fois un public réjoui qui se trémoussait d’impatience à l’idée d’entendre le groupe mythique, qui rappelons-le, s’était séparé au début des années 2000. Aucun doute, une partie de est bien resté coincée dans les années 2000. Vieillissant, bide à bière et look old school, on est loin de l’image du rocker populaire de nos souvenirs. La voix pourtant est bien la même, et , fait remonter du tréfonds de notre mémoire les longues rêveries d’ado au clair de lune. Jouons le kitsch jusqu’au bout: on ne pensait honnêtement pas avoir l’occasion de réentendre en live les tubes qui ont posé les bases du rock alternatif américain. Petite larme au coin de l’œil, on est contents.

YR: Ah, ,  Les Smashing Pumpkins, c’était bien, quand même, avant. Avant, quand j’avais 15 ans, tout juste avant le tournant du millénaire, et que la musique de la troupe de s’intégrait bien à bande son un peu sombre d’une adolescence classique, soit boutonneuse, rebelle et sentimentalement discutable. Malheureusement, rien n’est éternel. Tout le monde vieillit. Moi un peu, mes goûts musicaux, peut-être, et , carrément.

Avec mes yeux d’ado, j’avais espéré un miracle. Seulement voilà, quelqu’un avait eu l’idée cruelle de programmer l’ex idole des après . Jeunes. Frais. Carrés. Energiques. Efficaces. est globalement l’antithèse parfaite du Billy Corgan version 2013. Le public a vieilli d’au moins 10 à 20 ans entre deux concerts, prouvant que le groupe ne convainc plus que les nostalgiques.

Là, il sourit. Mais pas sur scène, faut pas déconner.

Ceci est bien sûr une image d’illustration. Billy ne sourit pas sur scène, faut pas déconner.

AS: Très vite, c’est le drame! Tout de suite, le groupe lance une nouvelle chanson que personne ne connaît. Illico presto l’ambiance retombe. Alors pas de problème le groupe réenchaîne sur un vieux tube… Et le public du festival, beau joueur, reprend en cœur les refrains inaltérables.

YR: Un ascenseur émotionnel qui durera tout le concert. La nostalgie nous emporte, puis une chanson mal fichue vient nous rappeler que Billy Corgan a pris un sacré coup. Certes, il n’a jamais été beau et athlétique, mais il ressemble maintenant plus au pilier de bar du PMU du coin qu’à une star du rock. Mal fagoté, ramolli, gras, l’air dépressif et apparemment pas franchement motivé d’être là, deux mots viennent à l’esprit: acharnement thérapeutique.

AS: Couac (ampli qui sature, puis qui lâche, public qui siffle, et le groupe mine de rien continue de jouer). Pas un mot, sortie de scène… Et noir. Le public trépigne. Mais encore une fois, on est au Paléo, les gens restent et patientent plus ou moins gentiment.

YR: Couac survenu sur une reprise sans saveur du mythique  de , qui n’avait rien demandé. A cet instant précis, on peut se dire que, peut-être, il y a une justice, et un dieu vengeur qui punit les covers à deux balles.

AS: Ah… problème résolu! Et le groupe mine de rien reprend sa musique. Comment un groupe peut-il oublier que sur un festival open air, surtout un festival comme le Paléo, il faut communiquer. Pourtant, rien. Pas un mot, pas un geste, pas un sms ou un signal de fumée. Nada. La foule reprend néanmoins le trémoussage mais l’enthousiasme n’y est plus. D’autant que les nouveaux morceaux des Smashing sont loin d’égaler les Mellon Collie et autres Thirty-Three… Brouillons, bruyants et bâclés, voilà ce qui ressort de la bouillie sans conviction servie sur la Grande Scène. Petit à petit, la foule se clairsème, des trous se créent au point que l’on aurait pu danser la gigue à l’aise à seulement quelques mètres de la scène. Billy Corgan s’ennuie. , en vraie bassiste, se remue au ralenti même quand elle est à fond. Et Jess Schroeder a beau donner tout ce qu’il a, en jonglant avec brio entre mellotron et guitare, la sauce ne prend pas.

nospittingYR: Je reconnais un certain calme à Billy Corgan pendant le problème technique. Malgré tout, on ne peut pas sympathiser avec lui. Premier souci, il crache. Recrache. Re-re-crache sur la scène. Tandis qu’on plaint le bénévole qui devra nettoyer les litres de sécrétions d’un Corgan qui semble sous antidépresseurs, le schéma se répète. Les vieux tubes sont bien reçus, mais le reste est accueilli par un bruissement poli. Et en baissant la tête, je remarque aussi que, bien que plutôt au centre du public, je commence à avoir beaucoup de place autour de moi. J’hésite à m’allonger, il y a la place. Billy, lui, semble seul au monde, dans sa bulle, à enchaîner les titres mécaniquement.

AS: Un moment marquant néanmoins? Le solo de batterie de que Billy Corgan a dû recruter au berceau. Quand les musiciens sont meilleurs que le leader, on a de quoi se poser des questions…

YR: Un bon point? Billy Corgan a démarré lentement, mais s’est tout de même amélioré. Il a lentement pris des forces, re-re-recraché, et a fini par se souvenir qu’il était en concert. Mais alors que j’avais repris le sourire sur , une énième nouveauté insipide arrive comme une réalisation. J’ai fini de croquer dans la madeleine de Proust, et cette fois, c’est certain: Tiens, en fait… Je me fais chier. Mais je me console un peu en me disant que je ne suis pas le seul. Billy Corgan aussi. Le sursaut d’énergie du chauve bedonnant qu’on a autrefois tant aimé arrive trop tard et sonne faux. Le mal est fait et plus rien ne viendra remonter le niveau.

AS: Bref, toutes les illusions de nos jeunes années ont été détruites en moins d’une heure. The Smashing Pumpkins, ce n’est définitivement plus ce que c’était. Peut-être aurait-il mieux valu que le groupe ne renaisse jamais de ces cendres. Enfin pour autant que l’on puisse parler de renaissance, puisque la seule chose qui marche encore sent le réchauffé. Finalement essayer de faire du neuf avec du vieux, ce doit être juste frustrant pour les nouveaux membres du groupe dont les compositions n’ont aucun impact parce que le public n’est pas venu les voir eux, mais une image d’Epinal, délavée par le temps…

YR: Les Smashing Pumpkins sont morts avec les années 90, mais Billy Corgan n’a jamais reçu le faire-part. Le voici donc qui se balade avec leur cadavre empaillé qu’il agite mollement comme une corvée. L’acharnement de celui qui fut l’idole d’une génération à continuer à faire semblant alors qu’il aurait dû raccrocher il y a bien longtemps ne provoque en moi qu’une certaine mélancolie… et peut-être bien une infinie tristesse.

A la Une, Festivals, Paléo

A propos de l'auteur:

Le site d'actualité musicale

Commentaires Facebook:

No Responses to “Paléo 2013: The Smashing Pumpkins ou le désespoir du post-ado”

Leave a Reply